Dans un souci d’équilibre et de justesse de l’instrument, Adolphe Sax a établi que le volume de la chambre est théoriquement le prolongement conique du bocal. À l’origine les becs étaient très larges à l’intérieur avec des ouvertures très fermées.
La conception actuelle du bec a subi quelques modifications par rapport à l’évolution de l’instrument ; l’allongement du tube, son diamètre et par conséquent l’emplacement des cheminées ont été rééquilibrés pour obtenir une meilleure justesse. Le choix d’un bec pour des raisons artistiques peut dès lors tout à fait s’expliquer par les caractéristiques techniques du modèle. Le cœur a ses raisons et les surprises peuvent être d’ailleurs au rendez-vous...
Aussi surprenant que cela puisse paraître, quelle que soit la forme extérieure du bec, celui-ci « sonnera » de la même manière à condition que l’intérieur soit identique. La forme extérieure a pour objet d’être confortable à l’utilisateur. Bien sûr il faut que le tenon (extrémité du bec qui s’emboîte dans le bocal) soit assez solide et épais pour ne pas fragiliser le bec.
Sur la partie extérieure du bec, l’instrumentiste posera ses dents sur la mentonnière. Cette partie s’appelle ainsi car à l’origine, les musiciens posaient cette partie du bec sur la lèvre inférieure, le bec était alors à l’envers par rapport au placement actuel, la vibration de l’anche se faisait donc en direction de la lèvre supérieure. Progressivement, pour plus de confort et d’aisance de jeu, les instrumentistes ont retourné le bec, les dents reposant désormais sur cette mentonnière.
La forme et l’angle de la mentonnière ont une influence non négligeable en terme de confort pour le musicien mais aussi d’équilibre entre consistance et richesse du son.
À l’extérieur du bec, nous trouvons aussi la table. Cette table est constituée de deux éléments. Une partie plane, sur laquelle vient reposer une partie de l’anche, et une partie galbée qui permet à l’anche de vibrer sous la pression de l’air.
L’intérieur du bec est formé par la chambre, la partie du bec qui sert à former le grain du son et à avoir un accord stable et un timbre riche sur certaines notes. La qualité de la conception de la chambre et du plafond permettra d’obtenir un son riche, timbré et juste.
Le plafond est l’endroit où le son se forme. Donc la forme, la longueur et l’angle sont primordiaux, ces paramètres changent le timbre du son, par exemple, moins le plafond est bombé, plus le son est mat.
Si l’on change le volume de la chambre, on change la hauteur du plafond et donc cela modifie la vitesse d’air dans le bec et par conséquent cela influe sur les harmoniques générés dans le bec.
La perce est la partie se situant derrière la chambre. Le passage de la perce à la chambre présente une forme variable en fonction des styles de musiques et des fabricants. Ce passage influe directement sur la justesse. Ce passage est généralement réduit sur les becs classiques, alors qu’il est large pour les becs de jazz.
La forme de la perce est assujettie à la conicité du bocal. En effet, il est plus logique que la perce soit, elle aussi, conique, car un tassement bien réparti du liège facilite l’ajustement du bec sur le bocal. Par ailleurs, sa longueur importe peu puisque c’est l’enfoncement du bec qui équilibre la justesse de l’instrument.
Il y a deux procédés de fabrication de bec, la méthode utilisée par Vandoren, où le bec est moulé, et le principe de Selmer où le bec est tourné. Dans les deux cas, le matériau utilisé est le même : l’ébonite (caoutchouc durci par addition de soufre).
Voici la méthode de Vandoren :
Le procédé de moulage permet de fabriquer des pièces ébauchées dont l’intérieur est très proche de celui des pièces finies, les retouches finales étant donc minimes. Ce procédé permet aussi de réaliser des formes plus complexes qu’en usinage.
Une fois le prototype fabriqué, une empreinte de l’intérieur est réalisée. Cette empreinte est ensuite numérisée sur ordinateur pour permettre la réalisation d’un premier moule en acier, qui servira de patron d’essai. Ce premier moule évoluera jusqu’à obtenir une matrice parfaite.
Les becs sont ensuite moulés en série.
Le tablage est réalisé avec des fraiseuses équipées de diamants qui étalonnent le bec avec une précision de l’ordre du 100e de millimètre.
Chaque étape de la fabrication est surveillée avec une extrême attention, et les critères de tolérance sont très rigoureux, de l’ordre du micromètre. La table est particulièrement surveillée, car aucune retouche n’est possible après le fraisage, de façon à garantir sa qualité.
Les finitions sont réalisées manuellement par des ajusteurs finisseurs, qui chacun apportent une touche personnelle, sans trop s’éloigner de l’esprit original.
Ensuite, des musiciens testent les becs, et font part de leurs remarques. Ceci permet d’ajuster la réalisation des becs.
Un très grand merci à la société Vandoren pour nous avoir permis d'utiliser leur documentation