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Conservatoire de Brest (CRD)

Ruth Franken a téléphoné, passe-partout n °8.

Par stephane — dimanche 18 janvier 2009 — 10:37
Ruth Franken a téléphoné, passe-partout n °8.

«…et puis ce mot de ma secrétaire trouvé sur mon bureau, à la Banque : ‘rappeler Madame Ruth Franken, ORN 87 54, au cas où vous ne seriez pas d’accord sur le tire qu’elle a choisi Télé-poème.’… »

"Lectures du terme de « passe-partout ».

Cette analyse du passe-partout n°8 peut être complétée par la question du terme même de « passe-partout ». Bernard Heidsieck le considère comme un quasi synonyme du terme de « biopsie » c’est-à-dire un prélèvement de type chirurgical appliqué au réel et réalisé par l’intermédiaire du magnétophone. Le changement de dénomination est liée à la perte d’un ami très cher survenue au moment où Heidsieck avait écrit 13 biopsie, ce terme nouveau de passe-partout représente simplement une volonté du poète de marquer un changement lié à cet événement douloureux. Le passe-partout a ceci de supplémentaire par rapport à la biopsie qu’il introduit les notions de « clé permettant d’ouvrir toutes les portes », et de « n’importe quoi », quelque chose d’un peu anodin qui convient en toutes circonstances. Au-delà de ces définitions attestées par le poète, une autre acception de ce terme a constitué une sorte de point de départ anecdotique à notre analyse, qui correspond à sa définitions en peinture. En effet, on parle de passe-partout pour désigner le cadre en papier dont on recouvre un dessin ou une aquarelle avant de l’encadrer. L’utilité du passe-partout en peinture réside dans le fait qu’il permet de faire ressortir le dessin, de le mettre en contexte d’exposition. Bernard Heidsieck, n’a pas employé ce terme dans ce sens-là, mais il nous semble quand même possible de proposer une lecture de Ruth Franken a téléphoné, qui se fonderait sur le sens donné au terme de passe-partout dans un contexte pictural.
L’appréhension de la mise en page de ce texte, en ayant à l’esprit la définition du passe-partout en peinture, devient dès lors signifiante dans la mesure où la retranscription d’une partie des éléments prélevés semble avoir cette même fonction de mise en valeur du texte qu’elle encadre. On peut immédiatement remarquer que la partie du texte qui aurait la fonction picturale de passe-partout dans la retranscription écrite du montage sonore correspond à l’inscription sur la page de l’élément textuel prélevé, qui correspond à la citation intégrale du « mot de ma secrétaire » ainsi qu’à celle de l’enregistrement standard des PTT, « ici l’automatique interurbain… ». La transcription en texte de ces deux éléments du montage est essentielle dans la mesure où elle doit faire apparaître la fonction de quasi refrain qu’occupent ces deux éléments dans la diffusion du texte sonore. N’étant pas à considérer comme des événements qui feraient avancer la narration, ils se doivent en quelques sortes d’apparaître en retrait. Ces deux parties du montage sonore apparaissent dans l’espace de la page, comme les marges qui encadrent la transcription des éléments prélevés dans des conversations, et se distinguent typographiquement par le fait d’être écrites en caractères simples contrairement à la colonne centrale qui est mise en valeur typographiquement grâce à l’emploi de caractères gras.

Ruth___________ E. : Il faut que tu rappelles Ruth_________ 8
___Franken _______________Franken. _______________________CHIFFRES
____ORN 8754__NATHALIE : Oh papa, il faut que tu rap-

 

Ces deux parties de la transcription du montage apparaissent visuellement au lecteur-auditeur comme une sorte de cadre à la colonne centrale qui transcrit les prélèvements de conversations entre le poète et sa famille. Au niveau de ce que l’on peut appeler les effets de masse de la mise en page du Passe-partout n ° 8, le rapprochement avec la définition du terme de passe-partout employé en peinture semble ainsi pouvoir faire sens. Ce rapprochement est valide sur le plan de l’analyse de la répartition des éléments présents dans l’espace envisagé. Ce texte ayant le statut d’un pur montage sonore, c’est-à-dire qu’il ne peut faire l’objet que d’une diffusion publique et non d’une lecture, la logique de sa mise en page n’est pas celle du poème-partition. Ainsi, la ligne typographique de transcription du poème sonore n’est plus liée à des indications de lecture, il s’agit simplement de transcrire ce poème en tant que montage, ce qui nous permet d’effectuer les remarques de détail suivantes. Concernant la partie de ce texte à laquelle nous donnons la fonction de passe-partout en peinture, sa transcription - qui semble vouloir être la plus proche possible de la stéréophonie se déployant sur la bande magnétique - , est en réalité totalement différente de ce que l’on peut entendre. Ce décalage est d’autant plus troublant que la transcription de ces « éléments cadres », se fonde sur des effets de déconstruction de certains termes qui se retrouvent écrits en diagonale, ou découpés de façon aléatoire… , comme pour respecter cette stéréophonie.

se _____________renouveler votre appel en remplaçant _________NUMERO
_____cré__________dans le numéro demandé 482 par 672 - _____NATIONAL
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la Banque :________ ler votre appel en remplaçant dans le _______________UR
____« Rappeler_____numéro demandé 482 par 672.______________________ BAIN

 

Il nous semble ainsi que cette mise en page très approximative du point de vue d’une transcription fidèle du montage sonore, qui respecterait les superpositions de tels ou tels éléments, provoque bien des effets d’ordre visuels : mise en valeur d’une partie du texte, qui apparaît comme encadré, retranscrit en caractères gras et situé en colonne centrale ; utilisation de l’autre partie de ce texte pour cette mise en valeur, constitutions de cadres textuels en retrait typographiquement et visuellement. De plus, les deux éléments qui occupent, selon nous, les fonctions du passe-partout en peinture, sont explicitement mis sur le même plan par la phrase de description des phénomènes sonores transcrits, « répétition de la même phrase durant tout le texte, en superposition plus ou moins forte, en sorte qu’elle n’émerge que par bribes », cette formule descriptive est appliquée dans les mêmes termes aux deux éléments envisagés, comme pour créer une sorte de symétrie.

Ruth Franken a Téléphoné s’inscrit donc dans un ensemble de textes de Bernard Heidsieck qui reposent sur un mouvement d’importation en poésie de gestes plastiques. Notre analyse propose de mettre en évidence l’importation « consciente » des pratiques de collages et de montages, ainsi que la contamination sémantique qui peut s’exercer dans un tel contexte de transversalité. Heidsieck n’emploie pas le terme de passe-partout en ayant à l’esprit sa définition en peinture, mais, le fait que ce terme serve à nommer un texte lié de toutes les façons que nous avons mises en évidence à différentes acceptions du terme de plasticité, permet l’injection dans le terme de passe-partout du sens pictural permettant de multiplier la signifiance de son emploi. En d’autres termes, il nous a semblé justifié d’opérer cette injection de sens dans la mesure où notre lecture de ce texte s’inscrit dans un contexte plastique. L’édition du Poème-Partition V contient un certain nombre de textes dans lesquels le phénomène d’importation de gestes plastiques comme gestes d’écriture devient encore plus explicite ."


Très belle expèrience pour nous que ce Ruth Francken, télépoème.

Nous avons exploré un monde nouveaux, la poésie sonore, déjà abordé avec les expositions consacrées à Alain Robbe Grillet et François Dufrèsne, il y a quelques temps maintenant.

Pour nous, le rythme de travail avec des comédiens est très différents, apprentissage des placement, de l'écoute du texte, de la présence scénique...

Expérience très riche que l'on espère renouveller !

Voici quelques photos en vrac, que vous pouvez retrouver dans l'album avec pleins d'autres ici

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